|
Philippe RAHMY
Mouvement par la fin
Postface de Jacques Dupin
Publié avec le concours du Centre national du livre et
du Conseil régional d’Auvergne
Troisième édition 2008 - Troisième mille
E.O. 2005 /
22,5 x 14,8 / 64 pages
ISBN 978-2-84116-098-3 Sur Centaure naturel |
15 € |
Comment aborder ce livre bref,
brûlant et glacé, dont le titre est complété
abruptement, et comme écartelé, roué vif,
par les mots : « un portrait de la douleur » ?
De là, en deçà, ici, la douleur est un regard.
Un regard qui se reconnaît, qui s’approfondit et s’allège
quand les mots qui le traversent crissent sur le papier. Le point
d’origine, le premier mot jaillit de l’instant de
la mort et s’efface dans la torpeur.
J'ai
dîné avec
un poète. Jean Pierre Siméon, poète et éditeur
chez Cheyne éditeur, cette petite maison qui fêtait
ce soir là, ses 25 ans. Cheyne Editeur est basée
en Haute‑Loire à Chambon‑surLignon, Jean- Francois
Manier et sa femme Martine Mellinette éditent de la littérature
contemporaine, Matin Brun, et de la poésie,
leurs livres sont magnifiques, le papier et doux et rugueux à la
fois, les livres sont imprimés au plomb. Jean Pierre Siméon,
donc, me dit, "vous devriez parler de poésie !" Et
il me raconte avec passion à quel point on peut convaincre
les autres de lire de la poésie. Pas seulement des haikus
de 3 vers, des poèmes élégiaques de 300 vers,
mais aussi de la prose. "Ce qui fait la poésie, dit‑il,
c'est l'intensité ! Si la langue atteint un degré extrême
de densité et d'intensité, si le mot écrit
est porteur d'une profondeur, c'est de la poésie".
Le lendemain, je reçois un livre qu'il publie dans sa collection, Mouvement
par la fin, un portrait de la douleur, de Philippe Rahmy.
Et c'est un choc. Un texte immense sur la douleur. Rahmy a 41 ans,
il est égyptologue, il a étudié la philosophie,
il est atteint de la maladie des os de verre. On devine son expérience
de l'hopital, de la chirurgie. Sa souffrance, à défaut
de la maîtriser, il la connaît, comme une compagne
qu'il a domestiquée. II lui parle et s'adresse à son
corps, à nous, aussi. II a appris à comprendre la
douleur, peut-être même à l'aimer. Philippe
Rahmy écrit
par exemple : "Une douleur finit, elle coulisse
à l'intérieur
de mon corps en nage, je la respire comme la mer". Souffrir
le conduit vers la sagesse et la patience. Plus que nous autres,
bien portants, il dévore la vie sans ignorer que la mort
le regarde de très près. Jaillit, à chaque
page, ce que Siméon appelle "l'intensité".
Et si les mots de Rahmy choquent et bouleversent, c'est par la
tranquillité qu'ils dégagent, alors que la réalité est
douloureuse, dans une langue remarquable, une musique foin de toute
forme de dolorisme.
Philippe RAHMY
Né à Genève en 1965, Philippe Rahmy est atteint de la maladie des os de verre. Egyptologue, licencié en philosophie, il collabore au site www.remue.net créé par François Bon.
Toutes les uvres de l'auteur chez Cheyne éditeur |