Hubert Voignier
Les Hautes Herbes

Extrait

Aller à la découverte des hautes herbes, au détour de paysages repeints aux couleurs de la reverdie annuelle, est un bonheur comparable à celui de se lever tôt pour constater que le soleil règne en maître absolu sur la campagne, avant que ses rayons, frappant de plein fouet les yeux du promeneur matinal, à peine éveillé, ne le jettent, l'esprit à moitié sonné, sur le carreau éblouissant des routes…

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Cheyne éditeur est heureux de vous annoncer
la parution de l’ouvrage :

Par obole de Blandine Merle

qui a reçu le Prix de poésie de la Vocation 2011 pour ce texte.




 

 

 

Une maison d’édition née, j’imagine, sans grands moyens, sans cuiller d’argent dans la bouche, riche seulement de l’allant de quelques personnes, mais qui a grandi, vaillante, intelligente, sensible. Et voici qu’elle atteint un âge où on peut penser qu’elle a triomphé d’une partie au moins de l’adversité qui s’amasse à l’encontre de toute audace, de tout courage. Qu’elle va vivre, longtemps. Qu’elle va pouvoir aider des œuvres à vivre.
Une maison d’édition – de poésie. Se vouloir cela, intention plutôt périlleuse, surcroît de risques. Que de naïveté dans combien des manuscrits qui arriveront par la Poste, que de prétention, voire d’imposture, à se cacher sous ce nom, poésie, parmi des envois qui seront, eux, lucidité, vérité : beauté en somme. Nul domaine où il faille qu’un éditeur soit plus attentif, plus sévère. Plus capable de dire non quand l’esprit de la poésie, c’est pourtant de dire oui au monde, oui à la différence de l’autre.
Nul doute que Cheyne a su être cela. Que ces orpailleurs de sous les arbres aient rarement hésité à reconnaître la toujours mince paillette d’or dans les remous de l’eau qui passe par là.
Une maison d’édition, Cheyne ? Un pays plutôt, assez vaste. Au loin ces arbres, cette eau qui vient de partout mais filtrée par ces montagnes proches dont la fraîcheur et l’ombre s’étendent sur les vastes étés de cette région dans l’esprit. Et, ici ou là, sur les prés, de belles maisons, des fêtes parfois, de la musique à s’attarder dans la nuit. Qui passe là ? L’avenir le dira. L’avenir ? Rêvons qu’il soit enfin, et grâce précisément à la poésie, la belle jeune femme mystérieusement souriante et le jeune homme fervent que Poussin montre penchés sur des mots d’autrefois gravés dans la pierre, et qu’ils savent qu’il faut comprendre parce qu’ils disaient l’essentiel.


Yves Bonnefoy
Préface au livre « Cheyne, 30 ans, 30 voix »