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David DUMORTIER
Mehdi met du rouge à lèvres
Publié avec le concours
du Conseil régional d’Auvergne
Avec des images de Martine Mellinette
Prix Joël Sadeler 2007 |
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| E.O. 2006 /
ISBN 978-2-84116-110-2 / 22 x 13 / 48 pages |
14 €
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Des poèmes pour faire grandir les parents
« Un petit garçon s'habille en fille.
Quand on le surprend,
il rougit ; en attendant que l'enfance passe sur ses joues. Il
s'appelle Mehdi. » Un garçonnet pas comme les autres.
Jugez‑en : « En plus, il a des manières
de fille. Elles sortent toutes seules. Elles lui échappent des
mains. Il est trop tard quand il essaie de les rattraper. Mehdi
ne peut pas refaire une même
manière à l'envers
et la remettre dans sa cage. »
On imagine les questions qui
fusent ; les normes qu'on lui renvoie, le peu, de cas qu'il en fait,
lui qui préfère contempler les
femmes que les footballeurs, sait que les pompiers font du bouche à bouche,
raffole des coquelicots « qui fleurissent avec du sang »,
du rose bonbon et des marrons glacés, de la voix d'Oum Kalsoum
aussi, « qui fait pleurer les Arabes à cause de
l'amour »,
et joue à « s'ennuyer pour de faux » pour
pouvoir « rêver
tranquillement tout seul »...
Éloge de la tolérance,
du nécessaire écart
pour que la vie soit riche : « C'est pas pareil depuis
que Mehdi est là. Et quand, il n'est pas là, c'est pas pareil
non plus. Pourvu qu'il reste pareil, pour que ce soit toujours
pas pareil. »
Troisième titre de Daniel Dumortier accueilli dans la
merveilleuse collection des « Poèmes pour grandir », Mehdi met du rouge à lèvres ne choquera que ceux
qui n'entendront pas la vraie raison de son maquillage (« pour
que mes bises restent plus longtemps sur toi ») et s'effraieront
de cette sérénité sans
fard à en user chaque jour sauf pour Mardi Gras.
Recomposition familiale
Invité du Salon de Saint-Paul-Trois-Châteaux
(Drôme) début février, le poète a proposé aux
collégiens ce texte sobre et beau, magnifiquement mis en images
par Martine Mellinette, qui illustrait déjà son précédent
recueil, Ces gens qui sont des arbres (2003), paru parallèlement à Une
femme de ferme, couronné par le prix PoésYvelines 2004.
La
surprise bien sûr, mais l'écoute et bientôt l'adhésion,
plus facile que pour les adultes, souvent rétifs à cette
libre expression d'une évidence
socialement réprouvée. On se souvient du débat, au
sein de l'Ecole des loisirs, pour publier, en 1998, Je
ne suis pas une fille à papa, de Christophe Honoré,
où l'héroïne était élevée, par
deux mamans. Si le roman fut finalement accueilli chez Thierry
Magnier, on mesura la difficulté de faire admettre dans
le secteur jeunesse les situations familiales inédites dont la
société multipliait
les exemples sans que l'édition assume d'en promouvoir la visibilité.
Peut‑être simplement parce que les acheteurs sont des adultes,
plus effrayés que leurs enfants. Ainsi se réjouit‑on
du beau succès de Marius, de Latifa Alaoui et Stéphane
Poulin à L'Atelier
du poisson soluble (2001), où la recomposition farmiliale validait
pareillement couples gay et hétéro.
David Dumortier n'entend
pas choquer. Juste être sincère
puisqu'il a rencontré Mehdi et ne voit pas pourquoi biaiser avec
le réel. Déjà La Clarisse (2000) avait donné le
ton. L'histoire de cette fillette dont la curiosité ne néglige
aucune exploration avait parfois heurté... les adultes, car aucun
enfant n'avait hésité à se reconnaîtré
dans cette envie d'être au monde
qui ne s'embarrasse d'aucune bienséance.
Est-ce parce qu'il
est venu tard à la lecture, par la poésie' essentiellement,
alors qu'il préparait un CAP de cuisinier ? Quand il quitte
les Charentes où il a grandi pour
Paris, Dumortier devient infirmier en psychiatrie, travaille
de nuit et prépare à l'Inalco un diplôme d'arabe classique
qui le conduit en Syrie puis en Jordanie. Ces éléments
biographiques disent son goût pour le mot au cœur de sa création,
le souci de jouer des résonances de cet amateur de littératures à peine écrites
d'Afrique ou d'ailleurs. Il cherche à en faire l'offrande aux
jeunes qui les ignorent et qui n'auraient pas idée de s'en
réclamer.
Nulle
visée
didactique. Juste un envoi, une adresse pour que les mots s'envolent
et se déposent sur les lèvres comme ces bises au rouge à lèvres
qu'il ne faut pas essuyer si on veut en conserver la trace.
David DUMORTIER
Né en 1967 dans les Charentes. Habite Paris. Arabisant, a vécu en Syrie. Outre cinq titres à Cheyne, a publié aux éditions de L’Arbre, Colophon, Paris-Méditerranée et dans diverses revues. Dernières publications : Croquis de métro (Le Temps des cerises, 2007), Au milieu d’Amman (Al Manar, 2008), Ma famille nombreuse : 76 poèmes et un éléphant (Rue du monde, 2009). Intervient régulièrement en milieu scolaire.
Toutes
les uvres de l'auteur chez Cheyne éditeur
Martine MELLINETTE
Née en 1952 à Paris. Création
de Cheyne avec Jean-François Manier en 1978. Dirige la
collection Poèmes pour grandir. Expositions à Paris
(Bibliothèque nationale, librairie-galerie Touzot), Grasse
(Médiathèque municipale), Clermont-Ferrand (D.R.A.C.
Auvergne), Villeurbanne (M.L.I.S.), New York (National Arts Club,
Galerie Jadite).
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